L’Europe va-t-elle faire le poids face à la Chine dans la bataille des batteries solides ?

le drapeau de l'europe et des pays faisant partie de l'union européenne flottent au vent sur fond de ciel bleu

Le 13 janvier 2026, une annonce est passée relativement inaperçue dans le tumulte de l’actualité automobile. Pourtant, elle pourrait bien redéfinir l’avenir de la mobilité électrique en Europe. Syensqo et Axens, deux acteurs industriels majeurs, ont officialisé la création d’Argylium, une coentreprise dédiée au développement de matériaux pour batteries solides. Si ce nom ne dit rien au grand public, il a pourtant toute son importance. En effet, cette alliance franco-belge incarne l’ambition européenne de reprendre pied dans une course technologique aujourd’hui largement dominée par l’Asie.

 

Car la bataille fait rage. Alors que la Chine, le Japon et la Corée du Sud multiplient les consortiums et les investissements massifs dans les batteries de nouvelle génération, l’Europe accuse un retard préoccupant. Dans un secteur où la maîtrise technologique conditionne la souveraineté industrielle, chaque initiative compte. Alors, Argylium représente-t-elle un tournant décisif ou un simple coup d’épée dans l’eau face à ces géants asiatiques ?

Table des matières

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Argylium : une alliance stratégique européenne

Qui sont les acteurs de cette alliance ?

Argylium s’appuie sur trois piliers complémentaires qui incarnent l’excellence européenne dans leurs domaines respectifs :

 

  • Syensqo
    L’entreprise dispose d’une expertise reconnue dans le développement de matériaux avancés. Elle mène des recherches sur les électrolytes solides depuis plus d’une décennie et exploite déjà une ligne pilote à La Rochelle. Elle bénéficie d’un laboratoire de recherche à Paris entièrement dédié à ces technologies.

  • Axens
    Elle apporte tout ce qui concerne l’ingénierie des procédés industriels. Cette société française maîtrise l’art de transformer des découvertes de laboratoire en processus de fabrication à grande échelle.

  • IFP Énergies nouvelles
    Cet institut public français apporte ses travaux fondamentaux sur les électrolytes solides et leurs applications industrielles. Ainsi, ils créent un pont entre recherche académique et déploiement commercial.

Pourquoi cette alliance maintenant ?

Le timing de cette annonce n’a rien d’un hasard. Il répond à une triple urgence technologique, industrielle et géopolitique.

 

Sur le plan technologique, les batteries lithium-ion actuelles approchent de leurs limites physiques. Après des années d’optimisation, les gains de densité énergétique se font de plus en plus marginaux. Les batteries solides représentent la rupture technologique nécessaire pour franchir un nouveau palier de performance. Les acteurs qui maîtriseront cette technologie dès son émergence prendront un avantage décisif.

 

L’urgence industrielle est tout aussi pressante. La Chine contrôle aujourd’hui plus de 70% de la production mondiale de batteries et investit massivement dans les technologies de nouvelle génération. C’est pourquoi la Commission européenne a placé les batteries au cœur de sa stratégie de souveraineté industrielle.

 

Aussi, la complémentarité des trois partenaires crée une synergie unique. Syensqo possède le savoir-faire quant aux matériaux et une infrastructure de recherche opérationnelle. Axens maîtrise le passage à l’échelle industrielle. IFP apporte la caution scientifique et l’accès aux réseaux de recherche européens. Ensemble, ils couvrent l’intégralité de la chaîne de valeur.

 

L’objectif affiché est clair : rendre les matériaux pour batteries solides industriellement matures d’ici 2030. Un horizon ambitieux mais nécessaire pour espérer équiper la prochaine génération de véhicules électriques avec une technologie européenne.

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Batteries solides : comprendre cette révolution technologique

La différence entre batterie lithium-ion et batterie solide

Pour saisir l’ampleur de l’innovation que représentent les batteries solides, il faut comprendre le fonctionnement d’une batterie lithium-ion conventionnelle. Celle-ci repose sur un principe relativement simple : des ions lithium circulent entre deux électrodes (anode et cathode) à travers un électrolyte liquide. C’est ce mouvement d’ions qui génère le courant électrique lors de la décharge et qui stocke l’énergie lors de la charge.

 

L’électrolyte liquide joue un rôle crucial car il permet la circulation des ions tout en isolant électriquement les deux électrodes. C’est cela qui évite les courts-circuits. Mais ce liquide présente le défaut majeur d’être inflammable. En cas de défaillance, il peut s’enflammer et provoquer un emballement thermique. 

 

C’est pourquoi la batterie solide propose une alternative radicale : remplacer cet électrolyte liquide par un matériau solide. De prime abord simple, ce changement bouleverse pourtant l’architecture même de la batterie. De fait, il ouvre des possibilités inédites. Cette substitution redéfinit les performances possibles d’une batterie.

Les trois familles d'électrolytes solides

Tous les électrolytes solides ne se valent pas. Trois grandes familles se disputent l’avenir de cette technologie. Bien sûr, chacune a ses avantages et ses limites.

Les électrolytes à base d'oxydes

Ils se distinguent par leur excellente stabilité chimique et leur ininflammabilité. De fait, ils offrent une sécurité maximale. Leur principal défaut est une conductivité ionique généralement plus faible et une rigidité qui complique l’interface avec les électrodes. La fabrication nécessite également des températures très élevées, ce qui augmente les coûts de production.

Les électrolytes polymères

Ils séduisent par leur flexibilité et leur facilité de mise en œuvre. De plus, ces matériaux plastiques conducteurs d’ions peuvent être produits à température ambiante. Leur talon d’Achille réside dans leur conductivité ionique limitée. Cela restreint leurs performances dans des conditions réelles d’utilisation.

Les électrolytes à base de sulfures

C’est le choix technologique d’Argylium. Ces derniers représentent actuellement le meilleur compromis. Ils affichent une conductivité ionique exceptionnelle, parfois comparable voire, supérieure aux électrolytes liquides. Aussi, ils peuvent être mis en forme à des températures relativement basses ce qui facilite leur intégration dans des processus de production de masse. Leur principale faiblesse réside dans leur sensibilité à l’humidité qui impose une fabrication en atmosphère contrôlée. Cela augmente la complexité et le coût du procédé.

 

Le pari d’Argylium sur les sulfures reflète la conviction que leurs performances supérieures justifient l’investissement dans les processus de fabrication adaptés. C’est un choix audacieux qui mise sur l’excellence technique plutôt que sur la facilité de production.

Les promesses concrètes des batteries solides

Au-delà des considérations techniques, qu’apportent concrètement les batteries solides aux utilisateurs de véhicules électriques ?

 

  • La densité énergétique
    Elle constitue le premier atout majeur. En effet, les batteries solides promettent de stocker jusqu’à deux fois plus d’énergie dans le même volume qu’une batterie lithium-ion actuelle. Concrètement, cela signifie qu’un véhicule pourrait parcourir 800 kilomètres avec une batterie de la taille de celles qui permettent aujourd’hui 400 kilomètres d’autonomie.

  • La sécurité
    L’absence d’électrolyte liquide inflammable élimine le risque d’incendie. Les batteries solides peuvent subir des chocs, des perforations ou des températures extrêmes sans s’enflammer.

  • Les temps de charge
    Les électrolytes solides supportent des densités de courant plus élevées sans dégradation. Cela permettrait des puissances de charge qui réduiraient le temps de recharge à 10-15 minutes pour récupérer 80% de capacité.

  • La durabilité
    Les batteries solides subissent moins de dégradation chimique au fil des cycles de charge-décharge. Là où une batterie lithium-ion perd environ 20% de sa capacité après 1000 cycles, une batterie solide pourrait conserver 90% de ses performances après 3000 cycles.

  • La compacité
    Moins de volume consacré aux batteries signifie plus d’espace pour les passagers, le chargement ou tout autre équipement.
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Le contexte géopolitique : l'Europe face à l'Asie

C’est un fait : l’Europe et la Chine font progresser l’autonomie des véhicules. En quelques années seulement, elles ont accompli beaucoup de progrès dans la conception des batteries. Pourtant, deux visions industrielles et stratégiques distinctes se cachent.

Une Asie qui domine actuellement

La réalité est sans appel : l’Asie règne en maître sur le marché des batteries. Cette domination est dûe à des investissements massifs et une vision stratégique à long terme. Pour cela, on ne peut nier que le marché chinois accélère la transition mondiale vers la mobilité décarbonée.

 

La Chine a transformé les batteries en priorité nationale. Le pays contrôle aujourd’hui l’intégralité de la chaîne de valeur, de l’extraction des matières premières au recyclage, en passant par la fabrication des cellules et leur assemblage. Des géants comme CATL et BYD investissent des milliards dans la recherche sur les batteries solides. La stratégie chinoise ne vise pas seulement à suivre l’innovation, mais à la dominer en déployant des moyens financiers et humains colossaux.

 

Le Japon, quant à lui, capitalise sur des décennies d’expertise en chimie des matériaux. Toyota, pionnier de l’hybride, a annoncé son intention de commercialiser ses premiers véhicules équipés de batteries solides dans les années à venir. Le constructeur a d’ailleurs déposé plus de 1 300 brevets dans ce domaine, ce qui témoigne d’une recherche intensive. 

 

La Corée du Sud n’est pas en reste. Samsung SDI et LG Energy Solution multiplient les annonces de prototypes et de partenariats avec les constructeurs automobiles mondiaux. Leurs investissements en Recherche et Développement dépassent ceux des acteurs européens, et leurs lignes pilotes sont déjà opérationnelles. La Corée mise sur une industrialisation rapide pour transformer l’avance technologique en parts de marché.

Les forces et les faiblesses de l'initiative européenne

Malgré l’avance des pays asiatiques, les forces européennes existent et ne doivent pas être sous-estimées. L’Europe dispose d’une expertise chimique de premier plan, héritée de décennies de leadership dans l’industrie chimique. Des acteurs comme BASF, Umicore ou Syensqo maîtrisent parfaitement la science des matériaux avancés. L’écosystème de recherche européen, avec ses universités prestigieuses et ses centres de recherche comme le CEA ou Fraunhofer, produit une recherche de qualité reconnue mondialement.

 

Le positionnement stratégique d’Argylium illustre aussi une forme d’intelligence tactique. Plutôt que de tenter de concurrencer frontalement les géants asiatiques sur la production de cellules complètes, la coentreprise se concentre sur les matériaux. C’est une approche de spécialisation qui mise sur l’excellence avec une Europe qui possède un véritable savoir-faire différenciant.

 

Quelques faiblesses se dessinent néanmoins. L’Europe accuse un retard industriel face à l’Asie qui multiplie les gigafactories. La fragmentation du tissu industriel européen, avec 27 pays aux stratégies parfois divergentes, contraste avec l’approche coordonnée asiatique. La dépendance aux matières premières est également problématique : l’Europe importe d’Asie certains métaux nécessaires aux batteries.

Les autres initiatives européennes

Cependant, Argylium ne constitue pas l’unique initiative européenne dans le domaine des batteries. Un écosystème se structure progressivement, porté par la prise de conscience de l’enjeu stratégique.

 

D’abord, l’Alliance Européenne des Batteries, lancée par la Commission en 2017, vise à coordonner les acteurs du secteur à travers l’Europe. Elle regroupe industriels, centres de recherche et États membres autour d’objectifs communs de développement de la filière. Elle crée un cadre de dialogue et de coopération.

 

Ensuite, Northvolt, licorne suédoise des batteries, poursuit son développement avec l’ambition de produire des cellules européennes compétitives. L’entreprise a levé des milliards et construit des gigafactories en Scandinavie. Bien que concentrée pour l’instant sur les batteries lithium-ion, elle mène aussi des recherches sur les technologies de nouvelle génération.

 

Enfin, ProLogium, une entreprise taïwanaise, a choisi d’installer en France une usine de batteries solides, confirmant l’attractivité du territoire européen pour ces technologies. De même, Solid Power et QuantumScape, acteurs américains du secteur, explorent des partenariats européens.

 

Plusieurs projets de recherche collaboratifs européens, financés par Horizon Europe ou par les États membres, travaillent sur différentes briques technologiques des batteries solides. Le projet ASTRABAT financé par l’Union Européenne, a pour mission de trouver des matériaux, des composants et une architecture de cellule à électrolyte solide qui peuvent être produits en masse. Le but est de répondre à la demande du marché des véhicules électriques.

 

Cette mosaïque d’initiatives témoigne véritablement d’un réveil européen. Cette capacité à fédérer ces efforts pourra faire toute la différence dans la course au développement et à la production de batteries solides.

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De la recherche à l'industrialisation : les défis à relever

Les obstacles techniques à surmonter

La production de masse des électrolytes sulfures pose un défi de taille. Ces matériaux réagissent au contact de l’humidité atmosphérique. Toute la chaîne de fabrication doit donc se dérouler en atmosphère contrôlée, ce qui complexifie les processus et augmente les coûts. Passer d’une production de quelques grammes en laboratoire à des tonnes par jour nécessite de repenser entièrement l’architecture des usines.

 

Par ailleurs, l’interface entre l’électrolyte solide et les électrodes constitue un autre casse-tête. Contrairement à un liquide qui épouse parfaitement la surface des matériaux, un solide crée des points de contact imparfaits. Ces défauts d’interface augmentent la résistance au passage des ions et dégradent les performances. Les chercheurs explorent différentes solutions : revêtements spéciaux, ajout de couches tampons, modification de la texture des matériaux… Chaque approche apporte ses propres solutions et complications.

 

Aussi, la standardisation des processus reste à définir. Contrairement aux batteries lithium-ion dont les procédés de fabrication sont désormais bien établis, les batteries solides nécessitent des équipements et des savoir-faire nouveaux. 

 

Enfin, la maîtrise des coûts demeure l’obstacle ultime. Les électrolytes sulfures nécessitent des précurseurs chimiques et des processus de synthèse exigeants. Les équipements de production en atmosphère contrôlée représentent des investissements massifs. Pour être compétitives face aux batteries lithium-ion, les batteries solides devront suivre une trajectoire similaire.

Une timeline réaliste

  • 2026-2028 : une phase d’optimisation et de validation
    Cette période verra Argylium et les autres acteurs affiner leurs matériaux et leurs processus. L’objectif est de démontrer la viabilité technique à une échelle pré-industrielle. C’est une phase critique où l’on confronte des projets prometteurs à la réalité des contraintes industrielles.

  • 2028-2030 : le passage à l’échelle et les prototypes
    Si la validation technique est concluante, cette période verra la construction des premières lignes de production à échelle significative. Argylium prévoit de fournir des matériaux à des fabricants de cellules et à des constructeurs automobiles pour qu’ils puissent développer des prototypes de véhicules. Ces prototypes permettront de tester la technologie en conditions réelles et d’identifier les derniers ajustements nécessaires.

  • 2030-2032 : premières commercialisations
    Les véhicules haut de gamme seront, en principe, les premiers équipés. Comme souvent avec les nouvelles technologies, les prix initiaux seront élevés. Ces batteries seront donc réservées aux modèles premium dans un premier temps.

  • après 2035 : une démocratisation progressive
    À mesure que les volumes augmenteront et que les coûts baisseront, les batteries solides se diffuseront sur des véhicules plus accessibles. Cette phase pourrait s’étaler sur une très longue durée, le temps que la technologie atteigne la maturité nécessaire pour remplacer les batteries lithium-ion.

 

Cette chronologie n’est qu’une supposition. Mais, si elle se confirme, cela signifie que les batteries solides ne bouleverseront pas le marché du véhicule électrique avant 2030. D’ici là, les batteries lithium-ion continueront de progresser.

Conclusion

L’annonce de la création d’Argylium marque un tournant symbolique pour l’Europe. Le continent tente de ne pas manquer le prochain virage technologique. Cette alliance combine l’expertise chimique, le savoir-faire industriel et l’excellence scientifique pour développer les matériaux qui équiperont peut-être les véhicules électriques de 2035.

 

L’enjeu dépasse le cadre d’une simple compétition technologique. Il s’agit de souveraineté industrielle, d’emplois et de capacité à maîtriser les technologies qui façonneront la mobilité de demain. Les batteries solides promettent des véhicules plus sûrs, plus performants, avec une autonomie doublée et des temps de charge divisés par quatre. Ces promesses justifient les investissements massifs consentis à travers le monde.

 

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Judith Boukella

Convaincue que la transition vers un monde plus durable n’est plus une option mais une nécessité, je mets ma plume au service des entreprises qui agissent pour un futur plus vert.

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